Le décalage des saisons
Dans son billet du 21 août dernier, l’auteur de geopottering.com (Sider) explique que, pour un Tokyoïte, certains des 24 気 et 72 候 (ki et kō 👉 mini-saisons et micro-saisons, ou divisions solaires et saisonnières) du calendrier agraire traditionnel présentent des écarts marqués avec la réalité contemporaine dans la région du Kantō. Il donne pour exemple 立秋, le début de l’automne, qui tombe cette année le 7 août, date à laquelle Tokyo traverse sa période la plus chaude de l’année.
Cela s’explique par le fait que ce calendrier agraire tire son origine du nord de la Chine. Et si l’on compare les températures annuelles entre les villes de Xi’an, par exemple, et Tokyo, on constate au premier coup d’œil la différence entre les courbes de température et, notamment, le décalage d’environ un mois pour le pic de chaleur de l’été.
Source : Version française du graphique présenté sur 暦Wiki/季節/二十四節気とは?/国立天文台暦計算室.
En 1685, lorsque l’astronome de la Cour (SHIBUKAWA Shunkai) adapta le contenu des 72 kō de la Chine à la réalité japonaise (son climat, sa faune et sa flore), il le fit de toute évidence sans s’écarter des 24 divisions solaires chinoises, et c’est ce qui explique les décalages comme celui du début de l’automne. Mais comme les températures moyennes d’Edo (l’actuelle Tokyo), au XVIIe siècle, étaient alors inférieures de 1 à 2 degrés Celsius à celles d’aujourd’hui, la population japonaise de l’époque ne ressentait peut-être pas aussi clairement qu’aujourd’hui ces décalages,.
Pour citer Sider, le mot 気候 (climat), que nous employons au quotidien, désignait à l’origine les changements et les états des saisons et de l’atmosphère apportés par les vingt-quatre 気 (ki) et les soixante-douze 候 (kō). La racine même du terme est directement liée à ces deux systèmes calendaires.
私たちが日常的に使っている「気候」という言葉は、もともと「二十四節気(気)と七十二候(候)がもたらす季節や大気の移ろい・状態」そのものを意味していました。言葉のルーツ自体が、この2つの暦のシステムと直接つながっています。
Dans un autre de ses billets, il explique comment l’appellation des 24 節気 sekki comprend deux grandes divisions, celles de 節 (setsu) et 気 (ki) ou 中気 (chūki). Les setsu et les ki y alternent tous les 15 jours environ, les premiers indiquant le moment du changement (début) de sekki, et les deuxièmes indiquant la mi-ki.
節 (setsu)
- Dans le mois
- À peu près dans la première moitié
- Rôle principal
- Marquait le changement de saison (avec 立).
- Noms des divisions
- 立春, 啓蟄, 清明, 立夏, 芒種, 小暑
立秋, 白露, 寒露, 立冬, 大雪, 小寒
中気 (chūki)
- Dans le mois
- À peu près dans la deuxième moitié
- Rôle principal
- Servait à déterminer le mois intercalaire du calendrier luni-solaire et indiquait le cœur de la saison (avec 分 ou 至). Positions : solstices et équinoxes.
- Noms des divisions
- 雨水, 春分, 穀雨, 小満, 夏至, 大暑
処暑, 秋分, 霜降, 小雪, 冬至, 大寒
Source : modifié à partir de la version originale de geopottering.com
👉 Perdu ? Vérifiez les dates des solstices et équinoxes ici pour le Japon, et comparez avec notre schéma (roue).
👉 À propos du mois intercalaire :
La durée d’un mois, telle que définie ici par les phases de la Lune, est d’environ 29,5 jours, tandis que l’intervalle entre deux chūki en fonction de la position du Soleil dans la voûte céleste est légèrement plus long, soit environ 30,4 jours. Tous les trois ans, il fallait donc intercaler un treizième mois. Un mois sans chūki, donc sans nom propre, afin de corriger le décalage entre le luni et le solaire, si l’on veut.
👉 Et du setsubun contemporain :
Aujourd’hui, quand on dit setsubun no hi (節分の日), les gens comprennent « la veille du premier jour du printemps ». Mais comme le montrent les 分 et 至 en vert dans notre schéma, ce terme s’appliquait autrefois aux quatre débuts de saison, pas seulement à la veille du printemps (en passant, sert encore aujourd’hui de référence pour certaines pratiques divinatoires et pour la date des fêtes et traditions annuelles).
Billet n° 220
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