Dites-le en 3 kanjis : 青二才

Comme un poisson dans l’eau de là

青二才 (あおにさい)

Décomposition : 青 (vert) et 二才 (2 ans)

青二才, c’est un garçon immature ou inexpérimenté, un novice, un blanc-bec.

Le terme s’utilise soit pour insulter ou se moquer de quelqu’un, soit par modestie en parlant de soi-même.

(あお) : Tout comme en français, la couleur verte peut désigner l’immaturité.

二才 (にさい) : En japonais, certains poissons changent d’appellation selon leur stade de croissance, comme celui du jeune poisson qui entre dans sa deuxième année : 二才魚 (にさいうお) . Ces poissons dont le nom varie selon l’âge appartiennent à la catégorie des 出世魚 (しゅっせうお) , en quelque sorte les poissons qui ont réussi ou pris du galon, par allusion à la coutume qui voulait autrefois qu’un garçon atteignant l’âge mûr adopte officiellement la tenue vestimentaire et la coiffure des adultes, lors d’une cérémonie se déroulant à un âge variant selon l’époque et l’appartenance sociale. (Dans Le Dit de Genji, qui remonte au milieu de l’époque Heian (794-1185), le prince Genji revêt ses habits virils à l’âge de 12 ans.)


De 青二才, retenons 青.

👉 青田買い (あおたがい)

Au sens propre, c’est l’achat (買い) d’un champ (田) vert (青), donc l’achat précoce d’une récolte de riz prometteuse, alors que la rizière est encore toute verte.

Au figuré, 青田買い désigne notamment le recrutement précoce des meilleurs jeunes candidats par les entreprises avant la fin de l’année scolaire, l’acquisition de biens immobiliers avant une hausse des prix anticipée, ou encore la mise sous contrat d’un jeune artiste prometteur par l’industrie du spectacle avant qu’il ne devienne trop connu.


Dans le billet précédent, j’ai parlé d’une statuette de la divinité des verrues. Quand on roule à vélo au Japon, on rencontre beaucoup plus souvent des statuettes de jizō (地蔵), bodhisattva bienfaisant et protecteur, en bordure de la route, le long des rizières et dans les temples. Dans son livre intitulé Living Buddhist statues in early medieval and modern Japan (2007, PALGRAVE MACMILLAN), Sarah J. Horton consacre tout un chapitre aux statuettes de jizō.

Le jizō a l’apparence d’un petit bonze qui se tient debout avec un bâton dans la main droite et un joyau dans l’autre (comme sur la statuette complètement à gauche dans le diaporama ci-dessous). Ce joyau exauce les vœux des croyants, tandis que le bâton de ce petit moine errant l’aide à se rendre là où l’on a besoin de lui, et, au besoin peut être tendu jusqu’en enfer pour en extirper ceux qui s’y accrocheront.

L’enfer est un des six mondes à l’entrée desquels se trouvent les jizōs que l’on rencontre parfois en groupes de six statuettes. Ces six mondes sont ceux auxquels mènent les six voies ( 六道 (ろくどう) ) ou chemins que les êtres empruntent quand ils renaissent, à savoir : le monde des humains, le monde des divinités, le monde des demi-dieux, le monde des animaux, le monde des esprits faméliques et, finalement, l’enfer.

C’est le karma, donc les bons et mauvais actes d’une personne, qui détermine le monde dans lequel elle renaît après sa mort. Horton explique que l’enfer et le monde des divinités ne sont pas des destinations finales, car on y entre et en sort aussi selon le karma accumulé. Dans cette logique, le monde le plus désirable est celui des êtres humains, car on n’y souffre ni trop ni trop peu, condition idéale pour stimuler le désir d’atteindre le nirvana (et mettre fin, du même coup, au cycle des renaissances dans la souffrance).

En enfer, dix juges sont chargés d’évaluer le karma des personnes décédées. Au Japon, c’est le roi Enma (閻魔), juge de la cinquième Cour de l’enfer, qui jouit d’une attention particulière en raison de ses liens étroits avec le bodhisattva jizô, car ce dernier intervient souvent pour obtenir l’indulgence d’Enma (adoucir sa sentence).

Photos prises au sanctuaire Hitokotonushi (一言主神社), 14 février 2026. Vous pouvez utiliser le bouton droit de la souris pour afficher l’image en plus grand format dans un autre onglet.

Sur une des photos du diaporama (la neuvième), vous verrez un petit démon (symbole du désir) écrasé sous les pieds d’un des quatre rois célestes, dont nous avons parlé dans le billet précédent…


Billet n° 202

Karma moutarde

Mais pourquoi cette photo (la deuxième) montrant plusieurs rangées de choux ? Manger du chou est pour pour le karma, au Japon ?, 16/02/2026

Béni

Aucune raison en particulier, c’était jour de récolte, je trouvais ça joli et j’ai mis cette photo avec les autres sans y réfléchir plus de 2 secondes. :-), 16/02/2026


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